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Lundi 10 août 2026 La métropole en questions
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Vie politique et institutions

Métropole du Grand Paris : compétences et fonctionnement

La Métropole du Grand Paris (MGP) est une intercommunalité créée le 1er janvier 2016, qui regroupe 131 communes — Paris, la petite couronne et quelques communes limitrophes — soit environ 7,1 millions d’habitants. Son rôle : porter, à l’échelle de l’agglomération, quatre grandes politiques que les communes ne peuvent pas mener seules — l’aménagement, l’habitat, l’environnement et le développement économique. Dans les faits, elle reverse l’essentiel de ses ressources aux communes et partage le terrain avec un troisième acteur méconnu, les établissements publics territoriaux. Voici comment tout cela s’articule.

La MGP en repères

Neuf ans après sa création, la métropole reste l’institution la moins identifiée du paysage francilien. Ses repères essentiels tiennent pourtant en quelques lignes :

  • 131 communes : Paris, l’ensemble des communes des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, plus sept communes de grande couronne.
  • Environ 7,1 millions d’habitants, sur un territoire d’un seul tenant autour de Paris.
  • Créée le 1er janvier 2016, en application des lois MAPTAM (2014) et NOTRe (2015).
  • Un conseil métropolitain de 205 conseillers, avec au minimum un représentant par commune, selon la métropole.

Attention à une confusion fréquente : la MGP ne couvre pas toute l’Île-de-France. La région compte environ 12,3 millions d’habitants (INSEE) ; la métropole n’en rassemble qu’un peu plus de la moitié, concentrée sur Paris et la petite couronne. Le Grand Paris Express, souvent associé à son nom, est d’ailleurs piloté par d’autres acteurs (Société des grands projets, Île-de-France Mobilités pour l’exploitation), pas par la MGP.

Séance du conseil métropolitain de la Métropole du Grand Paris, élus réunis en hémicycle
Le conseil métropolitain réunit 205 conseillers représentant les 131 communes membres (source : Métropole du Grand Paris, 2026).

Ce que la MGP décide

La loi confie à la métropole quatre blocs de compétences, qu’elle exerce à travers des documents-cadres et des dispositifs de financement :

  • Aménagement de l’espace métropolitain : élaboration du schéma de cohérence territoriale (SCoT) métropolitain, qui fixe les grandes orientations d’urbanisme pour les 131 communes, et conduite d’opérations d’aménagement d’intérêt métropolitain.
  • Politique locale de l’habitat : la métropole porte un plan métropolitain de l’habitat et de l’hébergement, dans un marché du logement parmi les plus tendus de France.
  • Protection de l’environnement et du cadre de vie : plan climat-air-énergie métropolitain — dont la version 2026-2032 a été adoptée en 2026 —, zone à faibles émissions, gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations (compétence dite GEMAPI, financée par une taxe dédiée d’environ 30 millions d’euros en 2024, selon les documents budgétaires de la métropole).
  • Développement et aménagement économique, social et culturel : soutien aux équipements et événements d’intérêt métropolitain, appels à projets urbains, attractivité de l’agglomération.

Un principe limite toutefois la portée de ces blocs : la notion d’« intérêt métropolitain ». La MGP n’intervient que sur les opérations déclarées d’intérêt métropolitain par son conseil ; le reste demeure aux communes et aux territoires. C’est ce mécanisme, prévu par la loi, qui explique qu’une même compétence — l’aménagement, par exemple — puisse être exercée à plusieurs niveaux à la fois.

Ce qu’elle ne décide pas

C’est la source principale de malentendus. Non, la métropole ne gère ni vos impôts locaux du quotidien, ni l’école de votre quartier, ni la ligne de bus que vous attendez le matin.

  • Les communes conservent l’état civil, les écoles maternelles et élémentaires, la police municipale, la voirie communale, les équipements de proximité et la délivrance des permis de construire.
  • Les établissements publics territoriaux (voir plus bas) élaborent les plans locaux d’urbanisme intercommunaux, gèrent l’assainissement, les déchets ménagers et la politique de la ville.
  • La région Île-de-France pilote les lycées, la formation professionnelle et, via Île-de-France Mobilités, l’organisation des transports collectifs (métro, RER, bus, tramway).
  • Les départements de petite couronne conservent l’action sociale, les collèges et la voirie départementale.

Pour un riverain, le réflexe utile est simple : un problème de proximité relève de la mairie ; l’urbanisme réglementaire et les déchets relèvent du territoire ; les transports relèvent de la région et d’Île-de-France Mobilités ; les grands cadres stratégiques (climat, habitat, aménagement) relèvent de la métropole.

Un tableau pour s’y retrouver : qui fait quoi, à quel niveau

La répartition à quatre niveaux — commune, établissement public territorial, métropole, région — est rarement présentée d’un seul tenant. La voici, en s’en tenant aux compétences les plus structurantes :

Niveau institutionnel Échelle Compétences clés (exemples)
Commune 131 communes membres État civil, écoles, police municipale, permis de construire, équipements de proximité
Établissement public territorial (EPT) 11 EPT (de 300 000 à 700 000 habitants environ) Plan local d’urbanisme intercommunal, assainissement et eau, déchets ménagers, politique de la ville
Métropole du Grand Paris 131 communes, env. 7,1 M d’habitants SCoT métropolitain, plan habitat, plan climat-air-énergie, GEMAPI, développement économique d’intérêt métropolitain
Région Île-de-France Env. 12,3 M d’habitants (INSEE) Transports (Île-de-France Mobilités), lycées, formation professionnelle, développement économique régional

À noter : Paris occupe une place à part. La capitale est membre de la métropole comme les autres communes, mais elle n’appartient à aucun EPT — elle en exerce elle-même les attributions sur son territoire.

Qui la dirige

La métropole est administrée par un conseil métropolitain de 205 conseillers, désignés à l’issue des élections municipales, avec au minimum un représentant par commune. Ce conseil élit en son sein un président et un bureau composé de vingt vice-présidents, complété par des conseillers délégués.

À la suite des élections municipales de mars 2026, le conseil renouvelé a réélu, le 13 avril 2026, Patrick Ollier à la présidence, à l’unanimité des suffrages exprimés, pour un troisième mandat — il préside l’institution depuis sa création en 2016. La gouvernance métropolitaine repose sur une pratique de large consensus, dont témoigne l’adoption du budget 2026 à l’unanimité.

Le président n’est donc pas un « maire du Grand Paris » élu par les habitants : les Franciliens ne votent pas directement pour la métropole. Ils élisent leurs conseillers municipaux, dont certains siègent ensuite au conseil métropolitain.

Le budget, en ordre de grandeur

Le paradoxe budgétaire de la MGP est le suivant : elle brasse des sommes considérables, mais en conserve très peu. Selon les documents budgétaires publiés par la métropole, environ 94 % de ses dépenses de fonctionnement — soit environ 3,4 milliards d’euros par an — repartent vers les communes membres sous forme d’attributions de compensation, un mécanisme qui neutralise les transferts de fiscalité opérés lors de sa création.

Ce qui reste constitue son budget propre : environ 193 millions d’euros de fonctionnement en 2024, dont près de 80 % en dépenses d’intervention, et environ 223 millions d’euros de projets d’investissement directs portés par la métropole la même année, toujours selon ses documents budgétaires. Le budget 2026, adopté à l’unanimité le 29 avril 2026, maintient les attributions de compensation aux communes (3 372 millions d’euros par an) malgré une baisse des dotations de l’État d’environ 50 millions d’euros sur l’exercice.

Autrement dit : rapportée à ses 7,1 millions d’habitants, la capacité d’action budgétaire propre de la métropole reste modeste au regard de celle des communes ou de la région — un point régulièrement soulevé dans le débat sur la réforme institutionnelle du Grand Paris.

Les 11 établissements publics territoriaux (EPT)

C’est le maillon que le grand public ignore le plus souvent. Entre les communes et la métropole, la loi NOTRe a créé onze établissements publics territoriaux, qui regroupent chacun plusieurs communes de petite couronne (Paris, elle, reste hors EPT) :

  • Vallée Sud – Grand Paris
  • Grand Paris Seine Ouest
  • Paris Ouest La Défense
  • Boucle Nord de Seine
  • Plaine Commune
  • Paris Terres d’Envol
  • Est Ensemble
  • Grand Paris Grand Est
  • Paris Est Marne & Bois
  • Grand Paris Sud Est Avenir
  • Grand-Orly Seine Bièvre

Ces territoires exercent des compétences très concrètes pour le quotidien : plan local d’urbanisme intercommunal, assainissement, déchets, politique de la ville, équipements culturels et sportifs d’intérêt territorial. Qui décide des règles de construction dans votre commune de petite couronne ? La réponse se trouve généralement à ce niveau, pas à la métropole.

Pourquoi cela vous concerne

Le plan climat-air-énergie métropolitain conditionne l’avenir de la zone à faibles émissions ; le plan habitat pèse sur la construction de logements dans un marché tendu ; la compétence développement économique oriente les grands projets qui transforment l’agglomération — un sujet détaillé dans notre dossier consacré à l’économie du Grand Paris. Et puisque les conseillers métropolitains sont issus des scrutins municipaux, notre article sur les élections municipales 2026 en Île-de-France revient sur ce lien entre bulletin de vote communal et pouvoir métropolitain. Vous retrouverez l’ensemble de nos analyses institutionnelles dans la rubrique Vie politique & institutions.

FAQ

La Métropole du Grand Paris a-t-elle un maire ?

Non. La métropole n’a pas de maire élu par les habitants. Elle est dirigée par un président élu par les 205 conseillers métropolitains, eux-mêmes désignés à l’issue des élections municipales. Les Franciliens ne votent donc pas directement pour la MGP.

La MGP lève-t-elle des impôts ?

La métropole perçoit une fiscalité économique et des dotations, mais elle en reverse environ 94 % aux communes membres sous forme d’attributions de compensation, selon ses documents budgétaires. Elle lève par ailleurs une taxe dédiée à la compétence GEMAPI (gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations), d’environ 30 millions d’euros en 2024. Il n’existe pas d’« impôt métropolitain » payé directement par les ménages en plus de leurs impôts locaux habituels.

Quelle est la différence avec la région Île-de-France ?

Le périmètre et les compétences. La région couvre huit départements et environ 12,3 millions d’habitants (INSEE) ; elle pilote notamment les transports (via Île-de-France Mobilités), les lycées et la formation professionnelle. La métropole ne couvre que Paris, la petite couronne et sept communes de grande couronne (7,1 millions d’habitants environ) et se concentre sur l’aménagement, l’habitat, l’environnement et le développement économique d’intérêt métropolitain.

La rédaction de Débat Grand Paris suit au quotidien les transformations de la métropole et de l’Île-de-France.